THOMAS NGIJOL ("2") Théâtre Dejazet (Paris) : compte rendu

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THOMAS NGIJOL ("2") Théâtre Dejazet (Paris) : compte rendu

Message  GUIBERT FRANCOIS le Dim 18 Jan - 23:06




Nouvelle page spéciale

« Compte rendu détaillé du spectacle & one-man-show “2”)  de THOMAS NGIJOL

le 4 janvier 2015 au THÉÂTRE DÉJAZET (Paris) »


sur ce lien :
http://lachanteusemariefrance.fr.gd/THOMAS-NGIJOL--k1-spectacle-et-one-man-show--g-2-g--k2--le-4-janvier-2015-au-THEATRE-DEJAZET--k1-Paris-k2---d--compte-rendu-.-.htm






• Prolongations du spectacle “2” de THOMAS NGIJOL

du 17 février 2015 au 25 avril 2015 au Théâtre Déjazet (Paris).

Places en vente entre autres à la Fnac :
http://www.fnacspectacles.com/place-spectacle/manifestation/One-man-woman-show-THOMAS-NGIJOL-TNG15.htm#/calendrier/





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THOMAS NGIJOL
Spectacle one-man-show “2”

le dimanche 4 janvier 2015 à 15h
au THÉÂTRE DÉJAZET (Paris) :


L’envie délibérée de voir Thomas Ngijol sur scène provient du visionnage des dizaines de fois, depuis l’automne 2014, de son hilarant spectacle “À block !”. Ce DVD a été enregistré le 12 novembre 2009 à La Cigale (Paris).

C’est ce qu’il y a de mieux et de top niveau dans l’humour français du vingt-et-unième siècle, en matière de “stand-up”, de “one-man-show”. C’est-à-dire : une personne seule en scène, sans musiciens, ayant pour mission (pas évidente) de faire se poiler une salle entière avec juste sa voix et ses propos.

“À block !”, c’est une heure vingt de rires quasiment non-stop, avec plein de sketches frôlant le chef-d’œuvre dans le genre comique : Al-Qaïda DOM-TOM. Le baccalauréat. Les noirs dans les films d’horreur des années 1980. Les têtes de nègres (les gâteaux). La lecture de la lettre (fictive ?) de son cousin camerounais.

Lorsqu’il parle de Harry Roselmack. La « guerre bizarre » au Proche-Orient entre juifs et musulmans. Le tube de Francky Vincent, le concert de Suprême NTM à Bercy, “La boîte de jazz” de Michel Jonasz, etc.

L’impro à propos d’une bouteille en plastique : « Dans cette bouteille d’eau, il y a de l’eau, et ça c’est bon pour mon corps », avec le ton publicitaire adéquat. De multiples expressions ou phrases, comme « On me propose des rôles pour jouer dans “Diakité le sans-papiers”, “Bintou l’excisée”. De toute façon, vous verrez tous ces téléfilms sur France Télévisions ».

Ou encore, parlant de lui-même, lorsqu’il se met à la place d’un spectateur à lunettes, situé quelques rangs face à lui : « C’est excellent ce qu’il propose. Il est pertinent, il pique et il amène dans son univers. Oooh, il est bon, finesse ! Ngijol, finesse, pour moi ça va ensemble. »

Il y a aussi les longs métrages dont il est le (co-)héros : “Case départ” (2011), “Le crocodile du Botswanga” (2014), avec Fabrice Eboué. Et “Fastlife” (2014, réalisé par Ngijol lui-même).

Dans ces trois films, beaucoup de propos pertinents sont énoncés, à travers les situations, les dialogues, les décors et costumes folkloriques, typiques. Spécialement dans “Le crocodile…”, concernant les relations entre la France et l’Afrique, la géopolitique (absolument), le colonialisme, l’ultramégalomanie ridicule et effrayante des dictateurs, etc.

Tout cela vu à travers le prisme vulgarisateur Ngijol & Eboué, de façon maline, amusante et décomplexée. “Le crocodile du Botswanga” est un grand film français, éducatif et humoristique.

Thomas Ngijol est le contraire d’un fantaisiste à l’ancienne et un peu “ringard” comme on peut se l’imaginer lorsqu’on ne va jamais voir de one-men-shows (Tex, Maxime, Didier Gustin, Franck Dubosc, André Lamy, etc.).

Il semble même mener sa carrière d’une manière différente, avec un état d’esprit plus subtil, des autres personnes comiques de son âge ou de la plus jeune génération.

Mis en scène par Karole Rocher, son nouveau spectacle “2” peut être compris et apprécié par tout le monde, en France et dans tous les pays francophones.

Toutefois, si l’on a grandi en Île-de-France, notamment en banlieue et que l’on est quasiment de la même génération, on se sent encore plus directement concerné. Par les sujets qu’il aborde. Et surtout par la manière dont il les traite. Ainsi que les références, les mots qu’il emploie, les scènes qu’il narre.

On n’a pas forcément connu soi-même toutes les saynètes rocambolesques, absurdes, gênantes, heureuses et/ou amusantes qu’il décrit. Il transmet toutefois pile-poil les sensations de ce qu’il a pu vivre à ces divers moments de sa vie.

Précision sur les éléments de langage : il emploie quelques “gros” mots (très prudes et ordinaires, en fait) de-ci de-là. Mais son écriture n’a rien de vulgaire, de démagogique, ou n’a pas l’intention de “faire jeune”.

« Bonjour Paris ! Bonne année ! » : Thomas interpelle aussitôt une personne du premier rang habillée en doudoune et coiffée d’un bonnet. La magnifique salle de théâtre (« la plus ancienne de Paris », dixit Ngijol lors du rappel) est pourtant chauffée comme il faut. Les retardataires sont joyeusement mis à l’amende.

Annonçant qu’il a eu une fille il y a sept mois et qu’il va se marier cette année, très amoureux, il raconte sa vie quotidienne avec sa femme. Comment il a fait sa demande en mariage, tel un « black dandy ». Il décrit la façon dont il jongle entre son côté « bonhomme » ayant grandi à Maisons-Alfort et ses émotions.

Il compare avec sa vie hors scène d’avant, « glauque » et solitaire, à l’époque d’“À block !”. Désormais comblé, heureux et fier d’assumer son rôle de papa, il évoque leur petite fille métisse. L’accouchement. Le changement de couches. Les balades dans la rue avec elle ainsi qu’avec ses deux belles-filles de 11 et 16 ans, et les quiproquos que cela engendre parfois.

Au passage, il se souvient de l’époque où lui était enfant et lorsque, par exemple, sa mère allait le chercher à l’école à 16h30.

Sont mis à l’honneur, entre autres : le rapper à succès Booba. Les Ch’tis. Les Algériens (le match de football Allemagne-Algérie de la Coupe du Monde en juin 2014 à Rio de Janeiro, vu de Barbès). Les Américains riches d’Amérique (lors d’une soirée dans une villa avec piscine, beaux gosses et bimbos « comme on voit dans les vidéoclips »). Valérie Trierweiler et son livre “Merci pour ce moment”.

Les djihadistes bretons. Nasser Al-Khelaïfi, boss qatari du club de football Paris-Saint-Germain et au phrasé français approximatif. Le Pen (Jean-Marie, Marine, Marion Maréchal). Claire Chazal. L’émission “Danse avec les stars”. La “Manif pour tous” et les homosexuels. Johnny Hallyday (avec un énorme respect pour ce dernier de la part de Thomas) au Stade de France 2009. Les fans des Marvel Comics. Tout cela dans la convivialité, la joie et la bonne humeur.

Il retrace les déboires qu’il a vécus malgré lui sur les plateaux de télés et de radios lors de la promotion des films “Le crocodile du Botswanga” (février 2014) et “Fastlife” (juillet 2014).

À l’inverse du DVD “À block !”, avec le spectacle “2”, on ne s’esclaffe pas toutes les minutes mais on sourit spontanément durant une heure trente. Avec, à de nombreuses reprises, des rires plein pot. Par les propos qu’il aborde, la manière dont il les dit, le spectacle “2” est plus intimiste et plus adulte que “À block !”. On sent la, osons le mot, “sagesse” du père qu’il est devenu entre-temps.

La dinguerie et la fougue du Thomas Ngijol période “À block !” sont toujours fortement présentes. Mais même si elles sont mâtinées d’humour et de drôlerie, il y a dans “2” beaucoup d’émotions personnelles qu’il livre chaque soir au public.

Cinq soirs par semaine devant six cents personnes depuis le 14 octobre 2014 au Théâtre Déjazet, l’homme Ngijol montre sans fard, à travers le rire, ses failles et ses sentiments intimes.

Thomas Ngijol est un formidable conteur, génialement drôle. Attention : pas du tout un “griot”, un “vénérable ancien” (il n’a d’ailleurs que 36 ans) ou quoi que ce soit dans ce style-là.

Non, c’est un conteur dans le sens où il sait très bien raconter des histoires, des situations qu’il a vécues ou continue de vivre chaque jour. Il le fait de telle façon que le public est suspendu à sa parole, à la prochaine phrase qu’il va dire.

Ngijol sort des tirades et des vannes super drôles, en totale connivence avec son public. Et avec un très bon esprit de chambrage, ainsi que beaucoup d’affection et de bienveillance. Notamment lorsqu’il imite avec l’accent son père, qu’il interprète à deux reprises durant le spectacle.

Thomas Ngijol a déjà une dizaine d’années de carrière, en incluant ses débuts confidentiels. En tant qu’acteur de cinéma et humoriste de scène, il en a encore énormément sous le pied. Il ira loin. Il a le recul et la capacité nécessaires, le sens de la répartie ping-ponguesque, de la blague (mais pas que) et des phrases qui visent là où il faut.

Chose importante : il transmet un maximum d’émotions, comiques ou pouvant émouvoir (au sens “remuer, bouleverser”), vivantes, chaleureuses, sur scène face aux spectateurs. Ainsi que dans les longs métrages futés et réjouissants dans lesquels il joue. Qui ne sont en aucun cas, contrairement à ce qu’il dit (certes en rigolant) dans “2”, « des films de golios ».

« Rentrez en paix, messieurs-dames, à très bientôt. Tchao. »
(standing ovation méritée, instrumental pop rap funk dans la sonorisation).

François Guibert

(18 janvier 2015)


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