LINA FROM PARIS : interview inédite 2015

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LINA FROM PARIS : interview inédite 2015

Message  GUIBERT FRANCOIS le Jeu 1 Jan - 23:46




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« Interview 2015 (et 100 % inédite) de LINA FROM PARIS

(albums “Redevenir modeste” et “Dans cinq minutes, j'suis prête !”) »


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LINA FROM PARIS

Interview inédite (novembre 2014)


Depuis le début des années 1980, Lina From Paris est bien connue notamment dans le milieu du rock’n’roll et de la musique électrique à Paris. En ce qui concerne un large public populaire, elle demeure toutefois l’un des mystères les mieux gardés de la pop française dynamique et pétillante.

Née au Portugal, elle a grandi à Montreuil-sous-Bois (93) et réside dans le dix-huitième arrondissement de la capitale.

Elle a deux albums à son actif : “Dans cinq minutes, j’suis prête !” (1) et “Redevenir modeste” (2). Deux disques brillants et, donc, résolument pop. Au sens énergique, joyeux, éclatant, brillant, positif.

Lina chante de façon simple, avec sa voix normale et tout son coeur. Ses chansons sont dans la digne et fière tradition créative de la pop à la française (et belge) : idéale, amusante, maline, drôle, évidente, subtile. Facile à mémoriser, fredonner et à reprendre.

La gaieté de vivre de Lina ne l’empêche pas (et ce n’est pas contradictoire) de proposer deux ballades mélancoliques : “Ange déçu”, “J’ai fini de t'attendre”. Des morceaux à l’ambiance années 1960, remaniée et intemporelle.

Yves Calvez écrit les paroles et compose les musiques (hormis pour les reprises “Oh Jacky !” et “Girouette”). Il joue de la guitare électrique, de la basse, assure la programmation des claviers. Et s’occupe des arrangements. Plusieurs de ces musiques sont signées (ou cosignées avec) Arnold Turboust.

Au passage : Lina choisit délibérément de ne pas faire de concerts. Pourquoi ? Réponse au cours de l'entretien ci-dessous.

« Je n’ai jamais pris un seul cours de chant et m’y suis toujours refusé,
revendique miss Lina. Les cours de chant gomment tous les trucs spéciaux que possède un chanteur (ou une chanteuse). Dans sa diction, ses intonations. Dans tout. À partir du moment où on prend des cours de chant, on n’est plus soi entièrement. C’est pour ça que j’aime bien certains artistes qui, selon les grands critiques, chantent faux. Et qui, pourtant, sont cent fois meilleurs que n’importe quelle Céline Dion. Par exemple, Vic Laurens & Les Vautours (groupe français de rock’n’roll total dingo de 1961/1962, ND FG). La diction de Vic Laurens est terrible et géniale. S’il avait pris des cours de chant, tous ses tics auraient été effacés et remplacés par d’autres hyper standards. »

Te perçois-tu comme une chanteuse pop, de rock’n’roll, de variété ?

Lina : On me dit toujours que je suis hyper rock’n’roll dans ma tête. J’ai l’impression que l’on me trouve rock’n’roll. Après, ce mot, ça ne veut pas dire la même chose pour tout le monde. Mais même si j’adore ça, je ne fais pas de rock’n’roll. Je ne pourrais pas en faire mon propre truc.

Tes chansons ont tout pour être populaires. Selon toi, pourquoi n’es-tu connue que d’un public spécialisé et évoluant plutôt dans un univers rock ?

Lina : Ça restera le grand mystère. Je n’en sais rien. J’ai tendance à dire que c’est pas de chance. Car je suis hyper fière de mes chansons, de la façon dont je me comporte, des personnes qui m’entourent.

Comment t’es-tu débrouillée pour sortir ton premier album chez Carrère Music, label créé par Claude Carrère, l’un des pontes du show business et de la variété à l’ancienne ?

Lina : Au moment où j’ai signé, ça faisait peu de temps que Claude Carrère avait quitté ses fonctions. Mais j’étais super contente d’intégrer cette maison de disques. J’ai toujours aimé en même temps plein de styles différents : punk, disco, twist, ska, variété, entre autres. J’ai toujours été comme ça.

Le fait d’être dans un label dont a fait partie Sheila, ça me faisait non seulement rigoler mais en plus, j’étais plutôt fière. J’étais la seule dans ce genre musical-là parmi les signatures Carrère. Je trouvais ça rigolo.

En plus, dans leurs bureaux, il y avait une bonne femme hallucinante, Annie Markan, qui a fait partie des Gam’s (groupe yé-yé féminin 1962/1964, ND FG). On m’avait prévenue avant que je ne la rencontre : « Lina, n’aie pas peur, c’est quelqu’un de super dur. T’inquiète pas. » Je me disais : « Mais attends, on m’envoie où, chez qui, c’est quoi ce traquenard ? »

J’arrive dans son bureau, elle n’était pas encore là. Et je vois sur le mur, derrière son siège, un poster géant, 2 mètres sur 2, de Claude François dans la neige, époque “Belles ! Belles ! Belles !”. Soudain, elle rentre : « Bonjour Lina » Sans même la saluer, je lui réponds : « Ce poster, c’est trop la classe ! » Elle me dit : « Ah, vous aimez ? »Elle était super contente que je remarque ce poster.

On est devenues copines tout de suite, ça l’a fait illico. Les autres personnes chez Carrère hallucinaient : « C’est la première fois qu’on voit ça ! » Annie Markan, c’est quelqu'un de vrai. Avec elle, il fallait juste rester soi-même.

C’est grâce à Annie Markan que tu as signé pour le premier album ?

Lina : Ah non. C’est encore plus magique que ça. Pendant des années, Calvez a fait la tournée des labels avec nos maquettes sous le bras. Chaque fois, c’était niet, niet, niet, toujours « trop » ceci, cela. Personne n’en voulait.
Un jour, on a su qu’un certain Franck Langolff était devenu directeur artistique chez Carrère. On s’est dit : « Ah, tiens ! Un nouveau. » Comme d’habitude, Calvez y est allé, peut-être avec Arnold Turboust.

Moi, je n’avais pas le droit d’aller aux rendez-vous car ça se passait à chaque fois très mal quand j’étais là. Il suffisait qu’une phrase prononcée par l’interlocuteur ne me plaise pas et je lui rentrais dans le lard. La diplomatie chez moi n’est pas hyper au top, aussi j’étais interdite de rencards. Donc Calvez et Arnold y vont à deux.

Après ce rendez-vous, Calvez revient, l’air assez content : « Je suis arrivé, j’ai vu deux mecs, Langolff et son assistant, Philippe Stelmaszyk. Il m’a dit en rigolant : “Si c’est pour nous ramener encore une imitation de Vanessa Paradis (3), une petite blonde timide, c’est pas la peine.” Alors, j’ai éclaté de rire et j’ai dit à Franck Langolff : “Si tu veux
la voir, je revient demain avec.” »


Le lendemain, je suis allée avec Calvez et Arnold chez Carrère. Arrivés là-bas, on prend l’ascenseur, la porte s’ouvre. On tombe nez à nez avec deux mecs qui me regardent et éclatent de rire. Calvez me présente : « Lina, voici Franck Langolff et Phil Stelmazic. » Voilà, c’est comme ça qu’ils ont vu que je n’étais pas une nouvelle petite Vanessa Paradis. Et ça l’a fait tout de suite. On a discuté, on a rigolé, durant une demi-heure. Aussitôt après, ils nous ont dit : « Ça nous intéresse, on vous signe. »

Le truc magique : je suis tombée sur un mec top niveau, Franck Langolff, super émouvant, qui a de l’humour et l’un des plus beaux sourires du monde. Et c’est lui qui me signe. Je me suis dit : « Enfin ! » C’était comme un gros cadeau que je recevais. Je suis tombé sur le meilleur du monde, Franck Langolff, la chance de ma vie avec Calvez. Trop fort.

Les dix chansons de ce premier album sont ressorties douze mois plus tard, en 1994, cette fois chez Sony Music. Avec une autre pochette et un autre livret. Pourquoi une réédition aussi rapide ?

Lina : Chez Carrère, on nous a rendu notre contrat. Calvez et moi, on s’est dit : « On n’a pas eu le temps de faire ce qu’on voulait chez Carrère. Ce n’est pas possible que cet album n’existe désormais plus. Si on le ressort maintenant, ça fera comme s’il venait de sortir pour la première fois. »

On a réussi à se faire signer sur Tristar Music, un label qui venait d’ouvrir chez Sony. Son catalogue : Herbert Léonard, Plastic Bertrand, etc. C’était la grande chance de ma vie. Sauf que ça s’est passé presque pareil : cette fois, le label quelque temps après.

En plus de composer la plupart des musiques, Yves Calvez écrit quasiment tous les textes de tes chansons. Dans quelle mesure interviens-tu dans la création de ces paroles ? Lui fais-tu retravailler à de nombreuses reprises telle phrase, tel mot ?

Lina : Je n’ai pas besoin de me comporter comme un tyran car Calvez me connaît parfaitement. Quand par exemple on est dans une soirée, dans un bar, je suis bavarde et parle beaucoup. Lorsque je sors une phrase bizarre, j’ai l’impression qu’il la note, qu’il la retient. Car dans les textes qu’il m’écrits, j’ai vu réapparaître des phrases que j’avais dites. Non seulement il me connaît bien mais il m’observe et m’écoute.

Moi, je ne pourrais pas écrire des paroles aussi personnelles. Je pourrais écrire des textes de chansons, ça m’éclaterait, mais pour d’autres personnes. Pas pour moi car ça m’embêterait. Je dirais moins la vérité qu’il ne le fait. Quand c’est vu de l’extérieur, c’est plus perçant que si c’était moi qui rédigeais. C’est vachement mieux de chanter les paroles de quelqu’un qui me connaît par cœur.

Parfois, c’est arrivé que je lui refuse des textes. Il voulait me faire dire des trucs que je n’avais pas envie de dire. Mais c’est arrivé peut-être, allez, une ou deux fois. Je lui fais quand même retravailler certaines parties de textes.« Ce mot-là, je ne le dis jamais et je n'ai pas envie de le chanter. » Comme certaines liaisons que je déteste.

Il y a aussi certains jeux de mots – il adore ça. De temps à autre, je lui disais : « Ça, c’est balourd. C’est un jeu de mots actuel mais dans six mois, il deviendra pourri. »

Il y a tout de même, au final, des jeux sur les mots dans tes textes ?

Lina : Oui, ceux qui ne me dérangeaient pas. Et ceux qui lui faisaient énormément plaisir.

Dans les textes, les musiques, le son, les guitares, les chœurs, il y a une multitude de référence au rock’n’roll (au sens large : rhythm’n’blues, etc.). C’est voulu de ta part ?

Lina : Ça ne pourrait pas être autrement. Quand on fait de la musique, impossible de faire abstraction de ce qu’on aime et écoute. Dans ses musiques, Calvez met beaucoup de choses de ses propres goûts mais qui me ressemblent. Il est un gros fan de Motown, j’aime bien aussi.

Par contre, il aime Neil Young, par exemple. Et dans ce cas-là, ce serait impossible en écoutant mes disques que quelqu’un se dise « ce passage-là me fait penser à du Neil Young ». Car je le déteste.

Pour que tu interprètes une chanson, la condition sine qua non est-elle que Yves Calvez y appose sa griffe, d’une manière ou d’une autre (arrangements, textes, musique, instruments) ?

Lina : S’il n’intervient pas, ça ne m’intéresse pas. Je ne vois pas Lina From Paris sans Calvez. C’est un tout. Ça ne m’intéresse carrément pas de chanter des compositions de quelqu’un d’autre.

D’où vient l’idée de reprendre “Sugar Town” de Nancy Sinatra avec un texte original en français (“J’oublierai”) ?

Lina : Ça vient de Calvez, hyper fan de Nancy Sinatra. Moi, j’aime bien cette chanteuse, ainsi que ses duos avec Lee Hazlewood. Le morceau “Sugar Town” me plaisait, tout comme les paroles en français.

Quelle était l'inspiration de départ pour le texte de “Best-Seller” ?

Lina : C’était une boutade sur la littérature pour gonzesses, les livres des éditions Harlequin. D’ailleurs, je suis devenue une fan des livres “chick lit” (“littératures de poulettes”) : c’est la même chose mais plus rigolote et tellement anglaise.

Quelles sont pour toi les différences entre le premier album et le deuxième, concernant le son, la façon d’enregistrer, les arrangements ainsi que ton chant ?

Lina : Déjà, le premier album, je l’ai fait en studio. Il y avait des personnes que je ne connaissais pas mais je me suis entendu avec tout le monde. On avait un délai à respecter, aussi j’étais hyper stressée. Mais ça a été un mois génial en studio. Avec l’ingénieur du son Jean-Jacques Lemoine, le super assistant Lionel Bréart, ainsi que Manu Guiot au mixage, on a passé un mois à bosser, oui. Mais quelle rigolade, aussi ! Terrible.

Le deuxième CD, comme pour le premier, déjà on a tout préparé à la maison. Sauf qu’en plus, on a tout enregistré à la maison. Il n’y avait pas une seule personne extérieure, en dehors de Calvez, moi et régulièrement Arnold Turboust. On faisait ce qu’on voulait aux moments où on le souhaitait. C’était hyper détendu.

J’étais dans le salon, Calvez se trouvait dans la pièce des machines (ordinateur, etc.). On avait le temps de rigoler, chialer, s’engueuler. D’aller au bout du truc, vraiment. Quand il y avait la moindre chose qui frisait, allez hop, on le retravaillait.

Sur le CD “Redevenir modeste”, le chant est plus naturel car je suis à l’aise. En l’enregistrant, je savais qu’il n’y aurait pas de problème. Que si je regrettais telle prise de voix, on pouvait la refaire le lendemain, etc. Tout a été fait à la maison pour le deuxième album, y compris les arrangements.

Tu sens d’importantes différences dans les arrangements entre “Dans cinq minutes, j’suis prête ” et “Redevenir modeste” ?

Lina : La technologie avait déjà évolué en une petite dizaine d’années, et rien que ça, ça faisait une différence. Calvez faisait tout : basse, guitares, etc. Sauf sur “Glam” où l’on a fait appel à un guitariste à gros son, Dominique Audoux. Il a assuré, c’était super.

Quelles sont les chansons de ton répertoire que tu préfères ?

Lina : J’adore “Glam”. J’ai eu du mal à l’avoir telle qu’elle est au final, durant plus d’un an. Calvez essayait toujours de me refourguer une “manière de” que je n’aimais pas, à la Mott The Hoople. Je déteste ce groupe et je sais ce que je veux. Je disais : « Non, moi je veux un truc plus metal, entre le metal et le glam. » Celle-là, c’est pour ça que je l’aime beaucoup.

En fait, j’ai du mal à dire lesquelles j’aime le plus. J’adore “La vie qu’on mène”, pour des raisons plus personnelles.

Et quelles sont celles que tu ne peux absolument plus entendre ?

Lina : Celle qui me plaît le moins, c’est une reprise, “Oh Jacky !”. Je ne peux pas dire que je ne l’aime pas du tout car elle est hyper amusante à interpréter. “Girouette”, par contre, c’est moi qui ai choisi de la reprendre. J’adore ce titre, l’original de 1966 par Édouard. Quand quelqu’un passe mes disques chez lui (ou chez elle), jamais je ne me suis dit : « Pourquoi j’ai enregistré ce titre ? »

Ça te fait quel effet quand tu entends tes chansons par hasard ?

Lina : Je suis contente, même si ça dépend chez qui c’est. Ça m’est arrivé dans des restaurants où les tenanciers avaient le disque. La soirée avançait, au bout d’un moment, tout le monde était chaud. Et paf, ils mettaient mon album. Au début, j’étais gênée mais hyper fière et contente que les gens le fassent.

C’est dans cette optique-là qu’on fait de la musique : pour que les disques soient écoutés. Et quand en plus, on me dit « J’ai acheté ton disque et je l’écoute vraiment », c’est la classe.

Pourquoi détestes-tu la scène au point de n’en avoir quasiment jamais fait ?

Lina : Je comprends qu’on puisse adorer faire de la scène quand on forme un groupe, qu’on fait du rock. Et que l’on joue des titres qui s’adaptent super bien à la scène.

Or, la pop, la variété, la chanson française, ça ne m’éclate pas particulièrement d’en voir et en entendre en concert. Voir des spectacles, ça m’éclate quand c’est un groupe de rock’n’roll, un grand spectacle. Sinon, je ne vois pas l’intérêt. Je ne crois pas avoir déjà été voir des chanteuses de variété ou autre en live. Par contre, je comprends qu’on puisse aimer ça. Que ce soit en tant qu’artiste ou en tant que personne dans le public.

En plus, comme je suis hyper timide, je me suis dit qu’il fallait une dose de mégalomanie terrible pour se retrouver sur scène en face de plein de spectateurs qui a priori sont là pour t’acclamer parce qu’ils t’aiment. Franchement, j’aimerais bien être née comme ça, avec une dose de mégalo comme ça. En plus, c’est glam, la mégalo. Mais voilà, je n’en ai pas. Donc si c’est pour me pointer sur scène et faire plein de conneries comme je sais les faire, ce n’est pas la peine.
En tant que Lina From Paris, j’avais fait une date à l’Erotika (ancienne et future salle Les Trois Baudets) avec Thierry “Gladys” Lafayette et les Jeunes Lafayette. C’était eux, mon groupe, j’avais dit : « Si je dois faire des prestations scéniques, ça sera avec eux. »

Et c’était n’importe quoi ce que j’ai fait lorsque je suis arrivée sur scène. 1, 2, 3, le groupe a commencé à jouer, j’ai oublié de chanter, je regardais le public, je trouvais ça super cool. Donc les musiciens se sont arrêtés. Thierry a dit : « Ben alors, Lina ? » Et on a recommencé le morceau, et je l’ai chanté. Mais c’est n’importe quoi, ce que je peux faire.

Tu as toutefois, miracle, fait un duo le temps d’une chanson, “D’août à août” au concert d’Arnold Turboust le 12 janvier 2008 à L’Archipel (Paris). Tu appréhendais ce moment en public ?

Lina : J’avais moins peur car c’était avant tout le concert d’Arnold. C’était lui qui présentait en live son album. Moi, j’étais une invitée, donc c’était moins pesant. Bon, j’avais les miches, je n’étais pas à l’aise lors de mon passage. Il n’y a que lorsque la chanson s’est finie que j’étais contente. Il me manque ce truc de mégalomanie.

Pourtant, à travers ton look extraverti, cela ne se voit pas ?

Lina : Oui, je sais. Tout comme ça ne se voit pas que je suis timide. Et plus je suis face à quelqu’un de gentil, plus je vais être timide. S’il y a un connard en face de moi, par contre, pas de problème (sourire).

En fait, voilà, il faudrait que je fasse des concerts uniquement entourée d’immondes connards pour y arriver (rires). Car recevoir tant d’amour sur scène, je serais trop émue. Je suis trop sensible pour faire ça. J’aurais moins peur de chanter à l’Olympia ou Bercy que dans une petite salle, en petit comité.

Au niveau musical mais aussi visuel, te considères-tu comme une esthète de la pop, du rock’n’roll ?

Lina : J’essaie toujours de redevenir modeste (sourire)…

Jamais tu ne descendrais dans la rue habillée comme un sac ?

Lina : Ah oui, si c’est ça, alors oui je suis comme Gary Glitter au bon vieux temps.

Tu as d’ailleurs longtemps eu une coiffure en forme de banane de rockeuse, comme en témoigne la pochette CD de 1994 ?

Lina : Oui, une banane atomique. Ça ne fait pas si longtemps que je n’ai plus cette coiffure, je ne me souviens plus quand exactement. J’ai arrêté de me coiffer comme ça, d’un seul coup. J’en ai eu marre, ça devenait trop rétro pour moi. C’était l’un de mes signes de reconnaissance.

Les costumes et, de façon générale, le visuel sont très importants dans l’univers Lina From Paris. Comment conçois-tu celui-ci ?

Lina : J’ai ma façon bien à moi de m’habiller, mes goûts personnels. Je connaissais une fille qui avait de super bonnes idées et savait bien coudre. Elle a tout de suite compris le genre de vêtements qui m’iraient. On a foncé, je l’ai faite engager par Carrère.

Sinon, j’aurais quand même réussi à trouver des trucs qui me plaisent. Mais pas en France, comme tout le monde fait, hormis Thierry Mugler. Je n’aime que Mugler. C’est le meilleur, depuis toujours.

Quel état d’esprit souhaites-tu faire ressortir à travers le maquillage et les tenues ?

Lina : Je me maquille de cette manière dans la vie. Donc ça ne me serait pas venu à l’idée d’être autrement que comme cela sur mes photos. Les costumes sont juste un peu plus outranciers ou, entre guillemets, scéniques. J’aurais pu m’habiller comme cela dans la vie, je l’aurais fait. Je l’ai fait une fois, deux fois : sur la plage à Hendaye, le costume rouge et noir. Bon, c’était pour une émission de télé. Mais quand même, c’était en plein jour, je me suis baladé comme ça.

En raison de ton look, te fais-tu interpeller par des passants ?

Lina : Tout le temps. Jusqu’à, on va dire, il y a trois ou quatre ans, je me faisais carrément insulter, par des jeunes bouffons en bande, des bonnes femmes, etc. À l’inverse, d’autres venaient me voir pour me dire : « Waw, vous êtes top ! » Il y avait les deux extrêmes. Des personnes que je n’avais jamais vu m’observaient pendant un quart d’heure puis se lançaient pour parler avec moi : « Mademoiselle, … »

Et puis, tout d’un coup, les insultes se sont arrêtées. Je ne sais pas pourquoi, je n’ai pas changé. Peut-être qu’il y a plus d’ouverture qu’auparavant de la part des gens. Sur internet, ils voient plus de trucs différents, je ne sais pas. En tout cas, je ne me fais plus insulter.

Te reconnaît-on dans la rue en tant que chanteuse ?

Lina : Oui, ça arrive. Moins ces derniers temps vu que mon dernier album n’était disponible que sur internet. En tant que chanteuse, je suis moins visible en France que lors de la parution de mon premier disque, paru chez Carrère ou Sony, avec des exemplaires disponibles dans les bacs. Mes CDs ne sont plus en vente dans les magasins depuis longtemps, ce qui change beaucoup de choses. À l’époque de “Dans cinq minutes, j’suis prête !”, parfois, oui, on me reconnaissait. C’était rigolo.

As-tu toujours voulu être chanteuse et qu’est-ce qui t’attirait dans cette activité ?

Lina : Je voulais être chanteuse ou hôtesse de l’air. J’ai failli être hôtesse de l’air, à deux doigts de l’être, mais au Portugal, mon pays d’origine. Pourquoi je voulais être chanteuse ? C’était évident, je ne voyais vraiment pas ce que j’aurais pu faire d’autre. Encore maintenant, il n’y a rien de plus rigolo pour moi qu’être chanteuse.
Je passais mon temps à écouter des 45 tours, la radio, les hit-parades de RTL (André Torrent, ça m’éclatait) et Europe 1, à faire des playbacks en cachette. La nuit, je réveillais ma sœur pour l’obliger à m’accompagner à faire des playbacks de tubes de variété, etc.

Quelles sont tes héroïnes (actrices, chanteuses) françaises ou internationales ? T’es-tu concrètement inspirée d’elle ?

Lina : Au niveau visuel et esthétique, j’aime tout ce qui est années 1950, encore plus que les années 1960. Par contre, en ce qui concerne la musique, je suis plutôt années 1960 et même 1970. Je fonctionne vachement à la chanson, au morceau, plus qu’à un artiste précis. Sur le plan esthétique, jusqu’à 1980, j’aime plein de trucs. Au-delà de cette année-là, c’est un peu plus compliqué.

J’ai vachement écouté Dalida, tous ces trucs-là. Je connais encore tout par cœur. Mes potes se foutaient de ma gueule pour ça.

Sinon, “The Rise and Fall of Ziggy Stardust and the Spiders From Mars” de David Bowie, c’est pour moi le plus beau disque sur Terre. Quand un morceau de cet album passe, le monde entier s’arrête autour de moi. Et ça ne sert à rien de me parler avant la fin de ce morceau.

Considères-tu que chanter est l’activité principale de ta vie ?

Lina : Non car je ne suis pas dans les tops et hit-parades. Du coup, on ne peut pas dire que ça me prend beaucoup de temps. C’est surtout avant tout une évidence : je suis chanteuse, j’ai envie de chanter. Ce n’est pas du temps, c’est l’espace que ça prend dans ma tête. Je suis tout le temps en train d’écouter de la musique.

Quand je rencontre des personnes qui n’en écoutent pas, pour moi ce ne sont pas des extraterrestres mais des animaux. Pour moi, la différence entre l’homme et l’animal, c’est que les gens écoutent de la musique, et pas les bêtes.

Parfois, je me pose des questions comme « tu préfèrerais être/devenir sourd ou aveugle ? ». Car je me dis toujours que si l’on devient aveugle, on arrive à s’imaginer des choses par rapport à ce qu’on a vu auparavant. Mais sourde, même en se rappelant des chansons, le fait de ne pas pouvoir les écouter, ce serait une horreur.

Depuis l’adolescence, tu as évolué dans l’univers du rock à Paris, à Montreuil ou ailleurs, au Gibus, Rose Bonbon, etc. Que t’ont apporté ces expériences, ces concerts en tant que spectactrice, cet aspect de ta vie ?

Lina : De l’éclate. Je suis partie le jour de mes 17 ans pour toujours.

Et tu n’en retiens que du positif ?

Lina :Ah ouais. Je me suis éclatée. J’en ai un souvenir génial. Quand je vois quelqu’un de cette époque, peu importe l’état dans lequel il est aujourd’hui, ça m’éclate. Même ceux que je n’aimais pas alors, là ça me fait plaisir de les voir, ça me fait rigoler. Il y en a que je ne reconnais pas non plus, je suis obligée d’aller leur demander. Plusieurs d’entre eux n’ont pas bougé : Tai Luc (chanteur-guitariste de La Souris Déglinguée), Farid, Amour et plein d’autres n’ont pas changé.

Fais-tu la distinction entre Lina From Paris la chanteuse et la Lina de la vie quotidienne ?

Lina : Il y en a même trois. D’abord, la Lina du Portugal, mes racines. Il y a la Lina de tout le monde, de tous les jours. Et enfin Lina From Paris. C’est comme la dualité Vincent Furnier/Alice Cooper, mon idole — et ce n’est pas un hasard.

La Lina From Paris est moins timide, encore plus outrancière, pas calme. C’est plus une histoire de calme et de timidité. D’ailleurs, quand Lina From Paris se mettait à oublier qu’elle était Lina From Paris, je ne faisais que des gaffes et des conneries. À l’époque du premier album, dans des soirées, j’étais parfois moins Lina From Paris, et plus la Lina de tous les jours. Genre en glissant, j’ai déchiré la chemise de Chico des Gipsy Kings, etc. N’importe quoi. Mais c’est toute ma timidité de Lina qui remontait.

Propos recueillis par François Guibert.

Entretien réalisé le samedi 15 novembre 2014 à Paris 18e.


(1) : paru en 1993 chez Carrère Music/East West, “Dans cinq minutes, j’suis prête !” sera réédité l’année suivante par Tristar Music, nouveau et éphémère label de Sony Music. Avec une pochette et un livret différents.

(2) : “Redevenir modeste” sort en 2001 chez Elefant Records (Espagne) et Apricot Records (Allemagne). Avec des pochettes et livrets différents. Les disques de ces deux labels sont distribués dans le monde entier mais pas en France.

(3) : Franck Langolff avait composé les musiques des albums “M & J” (1988, textes d’Étienne Roda-Gil) et “Variations sur le même t’aime” (1990, paroles de Serge Gainsbourg) de Vanessa Paradis.


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