DICK RIVERS 03/12 Alhambra : compte-rendu

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DICK RIVERS 03/12 Alhambra : compte-rendu

Message  GUIBERT FRANCOIS le Dim 14 Déc - 19:50

DICK RIVERS
03/12/2008 Alhambra à Paris :

Un concert génial, éblouissant, totalement rock'n'roll y compris lorsque c'était des ballades ! Assis au deuxième rang (sauf à partir de "MAMAN N'AIME PAS MA MUSIQUE" où on avait "le droit" enfin de se lever sans gêner les spectateurs derrière), j'ai profité à 1 000 % auditivement comme visuellement de ces deux heures magiques et puissantes.

Début du concert : pendant une minute, les quatre musiciens jouent une intro pour "L'HOMME SANS ÂGE". Puis silence et noir total sur scène pendant. Les lumières se rallument. Et voilà DICK devant son micro, boottes noires, pantalons et costumes noirs, cravate scintillante lamée, chantant direct : « J'ai pactisé avec le diable / Vendu mon âme au plus offrant (etc.) » C'est parti ! La voix grave, de velours, de DICK donne autant le frisson en live qu'à l'écoute des albums.

J'ai mis six mois à oser acheter ce CD (sorti en juin 2008), rebuté par l'ambiance très/trop calme qui se dégageait des extraits de trente secondes ou une minute disponibles sur internet. La musique est très différente de "PLEIN SOLEIL" (le meilleur album de DICK). Ce soir-là, en découvrant en entier et en live ces mêmes chansons, ça a été la révélation directe, un coup de cœur total pour ces morceaux écrits et composés par JOSEPH D'ANVERS, finalement sublimes.

En fait, l'album "L'HOMME SANS ÂGE" est aussi indispensable et réussi que le chef d'œuvre rock'n'roll blues solide qu'est "PLEIN SOLEIL" (paru en 1995), son meilleur album studio. Quelque part, pour comparer avec la discographie de JOHNNY HALLYDAY, "PLEIN SOLEIL" c'est "LE CŒUR D'UN HOMME" de Dick. Et "L'HOMME SANS ÂGE", c'est son album "ROCK'N'ROLL ATTITUDE" à lui.

Doté d'un son raffiné et soigné, le groupe est excellent, attentif aux paroles et gestes du maître loyal Dick : la jeune et talentueuse ELSA FOURLON (violoncelle, guitare acoustique, clavier), le (contre)bassiste et harmoniciste OLIVIER BROSSARD, emmenés par les guitaristes XAVIER HAMON et CHRIS SPEDDING (vêtu d'une veste blanche et de mocassins sixties twist blancs, looké bananos poivre et sel).

« Bonsoir !, lance DICK à ses fans. Je suis très content d'être de retour sur scène à Paris, dans ce merveilleux théâtre qui n'est pas encore très connu. Quand j'ai demandé où se trouvait l'Alhambra, on m'a dit : "Rue Guy TOUDIC". J'ai répondu : "Ah ! C'est pour moi !" »

Puis il enchaîne avec le johnnycashien et enlevé "ATTACHE-MOI" et les gimmicks vocaux « mon amour, mon ami » et le super son de guitare de CHRIS SPEDDING très Shadows "Apache" en plus musclé.

En intro de "SUR LE TOIT DU MONDE" — et la phrase clé du refrain qui a sidéré DICK lors de la première écoute : « Il m'en aura fallu des gens pour être seul. » — DICK dit : « JOSEPH D'ANVERS et moi, on s'est rencontrés en 2006 lors d'un spectacle intitulé "Ôde à DICK" aux "Francofolies" de La Rochelle. On a repris en duo "WALK THE LINE" de JOHNNY CASH. Comme je suis un opportuniste — dans le bon sens du terme — je lui ai dit : "Si tu as une chanson à me proposer, ça m'intéresse". Quand il m'a amené les trois premières chansons qu'il avait écrites pour moi — dont celle que je vais vous chanter maintenant —, il a complètement changé ma vie. C'est comme si, d'une certaine façon, il était rentré à l'intérieur de moi, en ayant intégré tout ce que j'avais vécu. » "SUR LE TOIT DU MONDE" et la phrase clé du refrain qui a sidéré DICK lors de la première écoute : « Il m'en aura fallu des gens pour être seul. »

Suit "LES BRAVES", que DICK dédie à ses amis journalistes emprisonnés dans le monde et qu'il espère revoir le plus rapidement possible en vrai.

JOSEPH D'ANVERS vient chanter en duo avec DICK l'envoûtant "PAR-DELÀ LES PLAINES". Il fait les solos d'harmonica, partageant avec DICK la moitié des couplets avant de chanter ensemble le refrain final.

Après "LA PREMIÈRE HEURE", DICK dit présente "LES BRAS DES FEMMES" de cette façon : « Cette chanson est dédiée à toutes les femmes que j'ai connu dans ma vie. Et plus particulièrement la dernière, celle qui me supporte depuis plus de trente ans : Babette. »

Arrive la première chanson non extraite du dernier album : "TU N'ES PLUS LÀ", une ballade molle, faiblarde, sans intérêt (du niveau de "C'EST PAS SÉRIEUX", c'est dire…). Pourtant, elle a pour DICK une valeur particulière, avant tout sentimentale plutôt que musicale (semble-t-il) : « Cette chanson, je n'ai jamais pu l'enlever de mon répertoire scénique. Elle me fait pense à des personnes très chères qui sont parties, qui restent dans ma mémoire et dans mon cœur. Notamment à Mick Larie de Long Distance, qui nous a quittés il y a un an. Il était pour moi comme un frère et il adorait cette chanson. »

Pendant le premier couplet, l'ampli de CHRIS SPEDDING a soudain dégagé de la fumée. DICK, imperturbable, continue à chanter. Pendant le roadie (ex-Porte-Mentaux) FABRICE PALIGLIANO (« je l'appelle "Bill" car il ressemble à Bill Wyman », a dit DICK plus tard lors de la présentation des musiciens) réparait/colmatait ce problème en une minute, CHRIS a pris une guitare acoustique avant de reprendre sa Gretsch habituelle, une fois l'incident réparé.


« La chanson qui va suivre, c'est l'une des plus belles que m'a écrites Joseph d'Anvers. Je les aime toute bien sûr, mais celle-là a quelque chose de vraiment spécial. » : "GAGNER L'HORIZON", morceau crépusculaire qui parle de façon imagée et poétique de l'état du monde actuel, de l'humanité.

« En France, il y a des festivals country, dont certains où je suis passé et j'en suis très fier. Mais ils devraient appeler ça des festivals américains car quand on y va, on voit plein de personnes avec des santiags, des Stetson, et qui montrent leurs voitures — qui sont sublimes… Alors que la country, c'est avant tout des textes magnifiques, qui évoquent des sentiments forts, et de la musique. C'est un peu le gospel des blancs — pas que des blancs d'ailleurs, car beaucoup de noirs jouent de la country. La prochaine chanson, pas mal country, est extraite d'un album qui m'a porté bonheur, "PLEIN SOLEIL" en 1995, produit par Patrick Coutin. Et c'est l'une de celles qui a le mieux marché à l'époque. La musique de ce titre, sur des sublimes paroles de Jean-Pierre Morgand, a été composé par quelqu'un qui, depuis, est devenu très connu grâce à la médiatisation télévisuelle : André Manoukian. Ça s'appelle "LE MONTANA". »

DICK et le groupe livrent une version honnête du "MONTANA", dans l'esprit celle du CD live "AUTHENDICK" 1995. Mais il y a de bien meilleurs titres sur l'album "PLEIN SOLEIL", beaucoup plus sauvages et roots (la chanson titre justement, ou "HÔTEL DE LOUSIANE", "NE ME LAISSE PAS COMME ÇA"). "LE MONTANA" est une chanson musicalement gentille, soft, hélas à la Eddy Mitchell (ce mollasson plein de tics vocaux et pas du tout rocker).

Arrive "LA VOIE DES ANGES" : DICK fait plus que jamais des merveilles vocales et dans ses intonations quand, à chaque refrain, il prononce la phrase « il est le lonesome ka-hôw bahooyyy », secondée par les répétitifs et brefs sons de guitares "dahôông dahôông douing douing" early sixties à la Hank Marvin. C'est une chanson dans l'esprit du répertoire habituel de DICK mais justement sans la caricature, et magnifiée par le solo d'harmonica.

"FAIRE UN PONT" est joué façon cajun speed comme dans l'excellente version studio 2003 (parue sur le CD best-of "AUTORIVERS"), franchement meilleure que l'original, sonnant country FM.

"MON HOMME" est très émouvant car DICK s'adresse à son père, décédé : « C'est une prière pour lui, il m'a fait, il m'a vu, être lui comme j'ai pu (…) / C'est une pensée nocturne qui s'envole vers lui / C'est un hymne, c'est un cri que je chante por lui »

« Celle-là, je vous demande toute votre indulgence car c'est la première fois que je la chante sur scène. » Et d'attaquer doucement, dans un reliftage acoustique (c'est-à-dire sans batterie) le temps du premier couplet et du refrain le tube "NICE BAIE DES ANGES" (une chanson que DIDIER WAMPAS adore) puis électrique.

DICK fait reprendre à la fin par le public « Si t'avais connu la Nice Baie des Anges à moitié nue, les voitures de sport sur les avenues, tu regretterais tout çahaha !! »
(de 1985 à aujourd'hui, j'ai toujours cru que c'était « la miss Baie des Anges »). Avec humour, à la fin du titre, DICK cabotine en souriant : « C'était la première fois que je la chantais, et vous la reprenez déjà en chœur ?! Je crois qu'on va la garder dans le set ! »

« Après les chansons de JOSEPH D'ANVERS et des titres que j'espère indémodables, on arrive dans la troisième partie du show, celle des racines. » Ça démarre par "ROULE PAS SUR LE RIVERS", adaptation en français avec des gros sabots par SERGE KOOLENN de "PROUD MARY". Mais musicalement, ça le fait totalement : rock'n'roll 1 2 3 4 carré, avec toutefois un solo moins incisif de CHRIS SPEDDING live en 2008 que sur le CD "AUTHENDICK" 1996 à BOBINO (où là, CHRIS délivrait réellement un solo foudroyant à la VINCENT PALMER — pile poil dans l'esprit de celui qu'il balance dans le titre 1981 "CHEZ MOI À PARIS" de MARIE FRANCE).

Le blues'n'roll urbain "MAUVAISE FILLE" (extrait de "PLEIN SOLEIL") permet à DICK d'user et d'abuser pour notre plus grand plaisir de sa voix ultra grave. Notamment quand il chante : « Mais dans le miroir, l'image fatale rêve d'être une autre Heidi… Elle rêve… d'être une autre Heidi… » Le texte raconte la fascination que dégage auprès de la majorité de la gente masculine les mannequins aseptisés, froids et extraterrestres.

Arrive le gros morceau, le mégatube glam rock 70s relooké années 2000 : "MAMAN N'AIME PAS MA MUSIQUE". De la bombe, de la dynamite, avec un son de batterie encore plus fort lors des refrains. DICK mime d'ailleurs ces sons (tout comme il le fait sur le refrain de "ROULE PAS SUR LE RIVERS") en tendant les paumes de ses mains à hauteur de sa tête, bras tendus, face au public, comme s'il poussait un mur.

D'ailleurs, pendant le show, DICK est plutôt statique (ça n'est pas plus mal, plutôt que de se forcer à en faire des tonnes) : les jambes écartées, droit, regardant devant lui, chantant de façon concernée et concentrée. Parfois quand les guitaristes font des solos tour à tour ou en "duel", il tend son sa main et son bras vers l'un des guitaristes en le regardant, en prenant une pose de cow-boy. C'est super de le voir comme ça, on sent qu'il fait ça pour s'amuser, à la fois entre le premier et le second degré.

DICK quitte alors la scène pour laisser CHRIS SPEDDING devenir leader chanteur et guitariste le temps d'un morceau en anglais, qui rend hommage à ses guitaristes fétiches (via des solos qu'il refait : Chuck Berry, Eric Clapton, Jimi Hendrix, Jeff Beck, etc.), accompagné des trois autres musiciens.

Démontrant qu'il est parmi les plus grands rockers de scène (avec JOHNNY HALLYDAY et MARIE FRANCE notamment, au top du top), DICK balance avec son groupe quinze minutes AN-THO-LO-GIQUES en reprenant trois classiques du rock'n'roll. Il commence en douceur avec un saccadé tranquillos (tout en étant sur un rythme rapide) "RIP IT UP", histoire de se mettre en jambe. Puis il lâche les chevaux à fond sur les torrides "KEEP A KNOCKIN'" et "HOUND DOG", speedés, rocky, énergiques, démentiels.

Puis il termine de manière cool, tranquille et relax par "LA CHANSON DES ADIEUX" composée par MICKE 3D. « Merci ! Que Dieu vous garde » sont les derniers mots que DICK prononce en saluant de la main le public et en serrant quelques mains des spectateurs du premier rang avant de retourner dans les coulisses.

Avec un tel show, c'est assez inconcevable que DICK ne passe que deux soirs à Paris dans une salle, certes belle, mais de seulement six cents places. En 2008, DICK travaille vraiment de façon artisanale et personnalisée vis-à-vis de ses fans, comme un "débutant" : pas de stand merchandising (à part sur une table une compil' trois CDs et le dernier album en vente, rien d'autre, pas de t-shirts ou autres). Et à la fin, il vient s'asseoir devant cette même table pour une séance de décicaces. C'est une chance pour ses fans, bien sûr. Mais il mériterait de passer dans de plus grandes salles, ou bien beaucoup plus de soirs dans un petit lieu (à l'Alhambra ou ailleurs).

En écoutant le CD "L'HOMME SANS ÂGE", quelque part, on se dit que DICK s'est vraiment souvent égaré en tombant dans des caricatures grossières sur certaines chansons (du style "JE CHERCHE LA VILLE DU ROCK'N'ROLL" ou "Y EN A MARRE DE CE WESTERN", ce genre de choses). Que ce soit dans les textes ou aussi l'interprétation un peu "forcée", parfois à la limite du gag et de la "Didier Lembrouille" attitude (dix ou vingt ans avant la création de ce personnage par Antoine de Caunes et Laurent Chalumeau).

Ou encore quand il chantait les adaptations françaises machos ("ELLE A LE RYTHME", "YVONNE"), débiles ("DAISY ! DAISY !") ou lourdingues façon Odeurs/Elmer Food Beat écrits par BERNARD DROGUET de titres de BUDDY HOLLY pour l'album "HOLLY DAYS IN AUSTIN" (1991). Même si sur ce CD, la musique est géniale, rockabilly à fond, avec les indispensables et terribles intonations de DICK (« ahôhôwww », etc.), sa façon de prononcer les mots.



François Guibert

Spécial merci à Lina (Chats Sauvages Fan) sans qui je serai passé à côté de ce spectacle de Dick (et je l'aurais bien regretté).
















Vu DICK RIVERS dans "LES PARAVENTS" de JEAN GENET au Théâtre National de Chaillot en janvier 2004 :



Et aussi avec LES WAMPAS pour "MAMAN N'AIME PAS MA MUSIQUE" à la Gare de Lyon fin mars 2007 et à la Cigale le 27 mai 2007 !

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